J'ai laissé passer l'hiver et j'ai tenu la promesse faite à mon grand-oncle d'aller le saluer, au nom de tous les miens, dans ce carré militaire de Cerny-en-Laonnois où le temps s'était arrêté pour lui et quelques uns du 156ème régiment d'infanterie ce 16 avril 1917.
Ce Chemin des Dames où il a laissé sa peau comme beaucoup de ses frères fantassins c'est maintenant un peu le mien aussi.
En ce qui me concerne, Soupir, Braye-en-Laonnois, Bourg et Comin, la Ferme d'Hurtebise, la Caverne du Dragon ne sont plus seulement des noms tracés sur des cartes mais des lieux chargés d'histoire que je garderai longtemps en mémoire.
Comment imaginer que ces plaines aux apparences si tranquilles aient pu abriter des charniers, des tombeaux à ciel ouvert ? Aujourd'hui, elles se parent de jaune et de vert et au loin on peut de nouveau percevoir l'écho d'un clocher ou la rumeur d'un village reconstruit...
Et pourtant, encore ici, on se souvient. De nombreux cimetières et des Monuments aux Morts sont là pour nous rappeler que nombreux sont ceux (toutes nationalités confondues) qui ont laissé leur vie pour honorer leur drapeau.
*
C'est avec une vive émotion que j'ai poussé la porte en fer forgé du cimetière de Cerny-en- Laonnois. Malgrè le soleil qui nous accompagnait, un grand froid me glaçait les veines.
Je n'étais pas seule, "il" savait que j'étais là...Peut être sourirez vous à la lecture de ces lignes un peu emphatiques à votre goût mais c'est vraiment ce que j'ai pu ressentir à cet instant qui nous appartenait.
Il y avait eu cette recherche sur le site de Mémoires des Hommes, la visite à la dernière descendante de sa famille qui me confia ses médailles et son portrait... Il avait fallu organiser ce déplacement : étudier des cartes, louer une voiture, trouver un abri pour nous loger... Quelques mois étaient passés, remplis parfois d'incertitudes et aussi de beaucoup d'espérance mais j'étais là, fidèle à ma promesse et délestée d'un poids : j'avais enfin bouclé la boucle du destin d'Abel Marchand. Il n'était pas mort deux fois puisque le souvenir tenace était là...
Il ne me reste plus qu'à tenir cette dernière parole, la rédaction de ce roman où il sera question du cheminement de ce courageux fantassin d'à peine vingt-ans et de son 156ème régiment un brin oublié et là aussi j'ai prononcé un voeu...
A suivre ...


6 commentaires:
Cet homme va revivre sous ta plume... Ses souffrance n'auront pas été tout à fait vaines : miracle de l'écriture... Je t'embrasse. Karine.
Bonsoir Maryline
tres poignantes ces quelques lignes
amicalement christian terrasson
Bonjour Christian merci pour cette lecture attentive. Je suis toujours en attente des documents d'Alençon...Je vous tiendrai informé comme promis de la suite...Amitiés Maryline
Chère Karine, je porte ce projet depuis tellement longtemps que je m'efforce de ne pas baisser la garde pour qu'il voit le jour ...je t'embrasse MM
Bonjour,
C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu ces lignes. Et je vous souhaite beaucoup de succès dans votre projet de livre.
Merci Anne, je vous ai répondu sur votre boite mail. Je prends ces encouragements comme un double signe venu de très haut :)
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