Tous les chemins mènent à Rome, je ferai mien ce proverbe dans quelques heures...
Fouler le sol romain, embrasser la douceur de vivre de cette capitale traversée par le Tibre, contempler son architecture unique : des temples antiques aux églises baroques...S'y promener et s'y perdre aussi pour retracer l'histoire de l'art de tout l'Occident tel est mon programme à l'aube de l'année nouvelle.
Envie de caler mes lectures avec mon actualité, je prendrai donc l'avion en compagnie d'AlbertoMoraviaet ses "Nouvelles Romaines". Ces dernières m'accompageront telles des amies confidentes dans le dédale de ce voyage improvisé.
"Dans Nouvelles Romaines, Moravia se mue en conteur, dans le cadre d'une tradition typiquement italienne...Il retrouve une connivence foncière avec le petit peuple de Rome, sa patrie profonde et pittoresque, et le lieu d'un certain bonheur d'être, dans une dolce vita qui n'a rien de fellinien. "Nino Frank
Quartier du Montparnasse, par une belle journée d’automne, Fanny se laisse porter par l’air du temps dans ce Paname qu’elle affectionne. Habitant et travaillant dans le quatorzième arrondissement de Paris, elle fait corps avec son quartier où cohabitent en toute quiétude bourgeois bohèmes et une population plus modeste.
Adorant se perdre dans le dédale de ses petites rues aux pavés usés et policés par les pas de ceux qui l’ont précédés, il lui semble parfois entendre en passant tout près des portes cochères, des serments murmurés d’une autre époque. Fanny a une imagination fertile lui permettant d’embellir un quotidien parfois morose.
Juchée sur ses escarpins, serrée dans un petit tailleur en vichy noir et blanc et coiffée d’un petit béret assorti, Fanny n’est pas une victime de la mode. Elle est comme ces poissons qui remontent les rivières à contre courant. Pourtant bien campée dans son époque où la retiennent les nouvelles techniques de l’information et de la communication, elle a gardé la nostalgie d’une certaine France élégante et mystérieuse. Des Vélibs slaloment sur les trottoirs. A grands coups de sonnettes, les cyclistes demandent aux piétons de leur laisser le passage.
Fanny n’en a cure, elle est la reine du Monparnos. Elle s’invente une ligne imaginaire sur l’asphalte qu’elle arpente telle une ballerine en équilibre sur un fil. Lui revient en mémoire, une citation entendue dans un film de Truffaud « les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie ». Fanny toute à ses réflexions a oublié le temps et l’heure mais son horloge interne la ramène à une réalité plus terre à terre : elle a faim.
Il est des coins de Paname qui me parle plus que d'autre...
Le 14ème arrondissement est tout à la fois écolo-bobo mais se veut aussi le repaire de nombreux artistes : peintres, écrivains, acteurs...Aux détours de ces ruelles on peut les croiser faisant leurs courses en toute simplicité sans avoir le visage mangé par d'immenses lunettes noires...
A pas de velours, Miss Tic appose sa griffe sur les pierres des maisons séculaires...Une grâce légère, un défi contre le temps...
Le quartier du Montparnasse est un endroit que j'affectionne, caractérisé par les arts, sa partie ouest héberge la gare, les cafés, les théatres (de nombreux célèbrent la rue de la Gaité anciennement rue de la Joie) et les music-halls.
C'est aussi un état d'esprit : l'esprit "Montparno"...De nombreux artistes s'y installent au début du XXème siècle : des peintres mais aussi des poètes.
Il m'arrive par moment d'écouter le vent qui murmure à mon oreille le souvenir de ce quartier, de ces femmes et de ces hommes qui ont marqué de leur empreinte l'histoire notre Histoire... Une femme, Alice Prin m'a interpellé...
KIKI DE MONTPARNASSE, élue Reine de Montparnasse, muse de Man Ray, amie de Foujita, Cocteau, Desnos me sourit et me prends à partie...
Son pseudonyme résonne encore de la rue Delambre à la rue Campagne Première...
et après l'avoir écouté j'ai décidé de prolonger notre conversation au travers de son livre de souvenirs... anti_bug_fck
Kiki de Montparnasse, Souvenirs retrouvés,Corti, 2005
Présentation de l'éditeur1929. Paris s'amuse... avant la crise. Une petite fille de rien du tout est élue Reine de Montparnasse. Man Ray publie d'elle des photos coquines et Ernest Hemingway rédige une préface pour l'édition américaine de ses Souvenirs. Kiki, vingt-huit ans, a déjà connu Modigliani et Soutine, Desnos, Kisling...
Le texte de 1929 nous semble bien édulcoré, très en deçà de l'extraordinaire version définitive rédigée neuf ans plus tard et disparue depuis soixante-cinq ans. Le manuscrit gisait au milieu de milliers de cartons avec, sur une petite étiquette de bristol, cette simple mention : " infiniment précieux ". Voici enfin les Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse, dans une version intégrale au style inégalable et que l'on n'est pas prêt désormais d'oublier. N'ayant rien à prouver, ni quiconque à ménager, Kiki se livre sans fard et sans arrière-pensée. La censure américaine ne supportera pas le style leste de ses histoires et le livre entrera dans la légende, interdit comme Ulysse de Joyce.
et plus encore dans cette biographie écrite par Lou Mollgaard qui a soutenu une thèse sur "La Parisienne des Années Folles" ...
Enfin, un beau cadeau en cette fin d'année 2007, la biographie illustrée par Catel et Bocquet (Grand Prix RTL de la BD) qui illumine ma bibliothèque.
Catel que j'apprécie déjà pour sa série sur une trentenaire amoureuse prénommée Lucie ...
Pour ma part, le fantôme de Kiki hantant les abords de La Rotonde m'a inspiré ce texte
"Le fantôme de La Rotonde" dont je vous livre plus haut un extrait...